Pendant la période du Carême 2010, en Suisse Romande, 550 personnes, réparties dans une quarantaine de groupes, jeûnent selon la méthode du Docteur Buchinger.
Leur objectif est de s'engager à un jeûne d'une semaine, en se réunissant quotidiennement pour la prière, la convivialité, la conduite du jeûne et le partage financier au profit de projets d'entraide de Pain Pour le Prochain et Action de Carême. En savoir plus ...
Pour d'autres renseignements, consultez le site: www.campagneoecumenique.ch
Dans ce contexte Jane-Marie Nussbaumer a participé aux assises chrétiennes du jeûne en mi-février 2010 à St Etienne; elle transcrit le résumé de la conférence du père Anselm Grün.
LE JEÛNE QUI PLAÎT A DIEU
Conférence du Père Anselm Grün
Assises chrétiennes du jeûne
St Etienne le 14 février 2010
(Traduit par Harry Wettstein)
JEÛNER
Aspect physique:
Le jeûne est un nettoyage du corps et de l'âme. Il nous fait entrer dans une relation nouvelle avec notre corps. Il nous met en rapport avec lui, nous le sentons s'exprimer!
C'est la religion de la santé d'aujourd'hui!
Aspect spirituel:
Le jeûne est un aspect important de la spiritualité. Dieu parle dans la Bible et au travers de notre corps. Il nous conduit vers la vérité intérieure. Entretenir la santé est une tâche spirituelle.
Le jeûne nous montre la force de notre corps, mais aussi son impuissance. Reconnaître cette impuissance conduit à l'humilité. Forces et faiblesse cohabitent dans le jeûne.
Le jeûne amène à une liberté et une joie intérieures.
Il permet de voir de nouvelles possibilités de notre corps. Il nous rend vigilant et disponible au spirituel, plus perméable à l'Esprit. Le vécu du jeûne témoigne de la potentialité de la résurrection.
Aspect social:
Le jeûne nous met en relation avec les autres. C'est un geste social. Il nous rend solidaire des autres. Il nous ouvre à autrui.
Les chrétiens et les Juifs ont jeûné ensemble.
Face à des situations conflictuelles dans les familles ou les églises, c'est important de pouvoir jeûner ensemble.
Aspect revendicateur dans notre société:
Jeûner est un acte de démarquage par rapport à la (sur)consommation.
L'ascèse du jeûne s'oppose au consumérisme, aux structures totalitaires de notre société de consommation. Jeûner, c'est vivre à rebrousse-poil.
Aspect communautaire du jeûne:
Dans l'église primitive, les temps de jeûne communautaire sont en lien avec la liturgie. Les jeûnes communautaires, en tant que rituels, étaient là pour susciter le désir du Tout-Autre.
En alimentant le désir du Tout-Autre, il y a impact sur l'humanité autour de nous.
Le jeûne reliait les chrétiens à une communauté.
PRIER
Le jeûne nous ouvre à la prière, il l'intensifie et la rend plus efficace:
En nous rendant plus éveillés
En donnant de la force à notre intercession
En nous incitant à demander l'aide de Dieu.
En jeûnant, l'homme diminue son énergie vitale, et au travers de se faiblesse, il fait appel à la force et au secours de Dieu. Le jeûneur prend conscience de son incapacité à faire quelque chose, de son impuissance et il fait confiance à Celui dont il dépend totalement.
Le jeûne est déjà une prière, il est le cri du corps vers Dieu.
Par la prière, nous nous ouvrons à la dimension mystique de notre corps. La prière du jeûne permet une nouvelle expérience de Dieu et de nous-mêmes. Elle ne reste pas seulement cérébrale, elle ne se réduit pas à quelques paroles, mais elle concerne toute notre existence. Celui qui jeûne supplie Dieu, corps et âme.
Les anciens comprenaient la prière comme une démarche du corps et de l'esprit. Cette unité se manifeste aussi dans l'étroite relation entre le jeûne et la prière.
Déjà les Pères de l'église avaient conscience du pouvoir de guérison au travers du jeûne et de la prière. Dans leurs écrits, on trouve ce que la psychologie moderne clame: La santé physique et spirituelle constitue une unité.
Dans le Nouveau Testament, Jésus dit que la guérison de certaines maladies ne s'obtient que par le jeûne et la prière. La médecine actuelle confirme que le jeûne peut guérir certaines maladies.
Mais… la spiritualité peut aussi nous rendre malade: quand elle divise l'homme en lui-même, quand il y a écart entre nos idéaux et la réalité, quand elle devient morale et culpabilisante.
Jeûner et prier nous amène à une plus grande sincérité. Nous portons notre vérité devant Dieu. Vérité qui nous est révélée au travers du jeûne par la confrontation avec nos émotions, nos passions… Les apporter à Dieu donne la chance pour leur transformation.
FAIRE L'AUMÔNE
Nous ne jeûnons pas pour nous-mêmes. Le courant sociologique actuel atteste d'un retour narcissique sur nous-mêmes. Un psychologue américain constate que durant ces 20 dernières années les activités personnelles sont des régressions narcissiques, sans forces pour la société.
Faire l'aumône, c'est faire un geste de solidarité envers les pauvres ou démunis, en donnant par exemple ce qu'on ne consomme pas.
C'est un geste qui nous rend plus vigilants à la souffrance des autres.
Ainsi, le jeûne nous ouvre les yeux pour voir les injustices; il nous rend sensibles pour transformer la société vers une plus grande justice sociale.
Dans le Bible, il est dit que celui qui sème la justice récoltera la paix.
Les Pères de l'église pensaient que le jeûne soutenait le processus de paix dans le monde en supprimant les différences entre riches et pauvres.
Durant le jeûne, le renoncement est le même, qu'on soit riche ou pauvre.
Les jeûneurs s'unissent au travers de leurs gestes. C'est un cheminement vers l'unité.
LE JEÛNE DE JESUS
Trois évangiles parlent du jeûne de Jésus dans le désert.
Marc mentionne les animaux sauvages; en psychologie, les animaux sauvage symbolisent les pulsions profondes, la vitalité, la sexualité.
Le jeûne crée en nous un équilibre entre la vitalité et la spiritualité. Les deux se trouvent en nous, comme en Jésus. Le jeûne amène la paix intérieure.
Matthieu et Luc parlent de trois tentations qui donnent les dimensions particulières au jeûne de Jésus.
Première tentation: "Ordonne à cette pierre de se changer en pain"
C'est la tentation du consommérisme. Le jeûne est une protestation contre cette tendance. Dans nos sociétés occidentales, l'infantilisme grandit; les exigences des humains augmentent et leur sens des responsabilités diminue.
Le jeûne nous libère de cette consommation infantilisante. Cela va à contre-sens et crée une culture d'ascèse qui peut être comme un levain qui fait lever la pâte sociétale.
Le jeûne en groupe donne de la force pour transformer quelque chose dans la société. On peut témoigner de notre jeûne à l'extérieur, non pas pour se vanter, mais pour protester.
Deuxième tentation: "Si tu te prosternes devant moi, tout cela sera à toi"
C'est la tentation du pouvoir. Elle montre que le jeûne a une dimension politique. La résistance non-violente face au pouvoir est inscrite dans le jeûne. Par le jeûne, l'affaiblissement physique est protestation face à la sacralisation du pouvoir. Il ne s'agit pas d'une vraie protestation, mais en acceptant notre propre impuissance, nous nous affranchissons du pouvoir des autres. Matthieu parle de la peur d'Hérode engendrée par l'enfant nouveau-né et si impuissant. C'est une image forte pour les jeûneurs: impuissants comme un nouveau-né mais qui capables de faire peur aux puissants!
Troisième tentation: "Si tu es le Fils de Dieu, saute d'ici"
Satan cite la Bible. C'est la tentation de la spiritualité. C'est une tentation importante qui se retrouve dans tout un chacun. C'est la tendance à se croire supérieur, à se placer au-dessus des autres. C'est le danger d'utiliser Dieu et l'énergie divine pour son compte personnel et sa réputation auprès des autres.
L'expérience du jeûne doit être une expérience d'humilité et non de supériorité.
Un psychologue a constaté que bon nombre de patients pensent être unis avec le cosmos, avec Dieu, mais ils n'arrivent pas à créer des liens et être en relation avec leur entourage. Dans le déni de leurs incapacités, ils ne parlent que de leur relation avec Dieu.
Le jeûne peut nous amener à la vérité en nous rendant plus lucides sur nous-mêmes. Rentrer dans cette vérité, c'est commencer un chemin de libération.
Jeûner de façon honnête, c'est contribuer à détruire les préjugés de sa vie.
Le jeûne ne doit pas nous amener à tourner en rond de façon narcissique, mais nous pousser à la conscience d'une dépendance totale de Dieu.
Selon le propos de Luc sur le serviteur fidèle, pour Jésus, être spirituel, c'est "faire son dû", faire ce que je dois faire à moi-même, aux autres, à Dieu au moment opportun.
La spiritualité, c'est faire au moment même ce qui nous est demandé de faire.
Un proverbe chinois dit: "Le tao, c'est l'ordinaire". Pour nous, c'est faire le quotidien de manière à ce que l'essentiel y soit présent.
Le jeûne doit nous amener à une bienveillance accrue dans le quotidien, à une attention à la nourriture, à la création, aux autres!
