En quête de l'«être intime» et du «corps spirituel»

(Expériences actuelles à la lumière de
la 
transfiguration - la résurrection et  l'ascension de Jésus)

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Introduction

 La Transfiguration de Jésus-Christ, mise en lien avec sa Résurrection et son Ascension, jette une lumière nouvelle sur les expériences que nous pouvons faire dans nos vies actuelles, sur la réalité de notre être intime et du corps spirituel.

I. Au jour de la Transfiguration

sur le mont Thabor, les trois disciples Pierre, Jacques et Jean ont vu la réalité, le rayonnement lumineux et glorieux de Jésus. Leurs yeux ont été ouverts sur le monde invisible ; non seulement sur le monde des esprits, des ancêtres, des puissances et des dominations, sous-jacent au monde visible et tangible; mais aussi sur la réalité centrale bien que cachée, la réalité fondatrice de la personne de Jésus, celle qui est à l’arrière-plan de la réalité visible: son être glorieux, son être indestructible, que nous pouvons appeler son être intime. Fugitivement, ils ont aperçu cette réalité permanente.

L’apparition d’Elie et Moïse, en dialogue avec lui à ses côtés, donne un aperçu sur ceux qui nous ont précédés, et qui sont en lien réel avec Jésus; beaucoup de personnes sont en lien avec le Christ glorieux, avec son être intime; mais seuls Elie et Moïse ont été rendus visibles à ces trois disciples, pendant quelques instants.

Pierre, Jacques et Jean ont vu et expérimenté cela, mais n’ont pas compris ; ils ont même reçu l’ordre de garder le silence, de garder cette expérience au secret jusqu’à ce qu’une autre expérience vienne en donner la clé, et qu’ils fassent l’expérience de Jésus ressuscité. Ils font l’expérience de la réalité indestructible de l’être intime de Jésus sur la montagne de la transfiguration, avant de la comprendre.

S’ils avaient pu continuer de voir le Christ ainsi, ils auraient sûrement fini par voir qu’eux aussi participent à cette dimension centrale, indestructible, quoique cachée : l’être intime de leur personne, de nos personnes; cette réalité qui surgit de notre communion avec le Christ et  accompagne nos vies actuelles; elle en est sous-jacente et fondatrice.

II.  Au jour de la Résurrection

 

quand ils entendirent que Jésus crucifié était vivant, ils n’y croiront pas, tant qu’ils n’auront pas fait le lien avec leur expérience de la Transfiguration, et avec les annonces que Jésus avait faites de sa mort et sa résurrection, et que finalement il leur ouvre les yeux… Et là, près du Tombeau, à Emmaüs, dans la Chambre haute, en Galilée, les uns après les autres, les autres disciples verront Jésus… transfiguré; comme les trois disciples l’avaient vu, non plus avant, mais après sa mort! 
Après sa Résurrection, ils verront  à leur tour cette réalité indestructible de son être, qui avait toujours été là, et qui maintenant leur apparaît à tous. Pour eux aussi le voile est levé sur son être intime. Comme leurs trois compagnons de son vivant, ils feront l’expérience après sa mort d’une présence réelle, vivante, indubitable, souveraine et glorieuse, d’une proximité génératrice de vie, d’une intimité qui leur donnera la force de s’exposer eux-mêmes jusqu’à la mort.

Et plus que cela. Dès le jour de la Résurrection, quelque chose de nouveau  surgit: le corps spirituel de Jésus!  Le corps spirituel va revêtir l’être intime indestructible de Jésus! C’est non seulement l’être intime qui se révèle, mais c’est le corps, le corps qui avait été détruit par la mort, le corps qui est maintenant investi de l’Esprit, reconstitué par l’Esprit : son être intime est revêtu de son corps spirituel. Un corps spirituel : c’est une sorte de contradiction dans les termes ; contradiction qui ne l’empêche pas de se manifester !

L’expérience pascale des disciples avec le Christ ressuscité illumine tout à coup leur expérience avec  le Transfiguré : Cet être de lumière qui leur était apparu sur le Thabor dans une vision fulgurante et éphémère, cet être de lumière est une réalité permanente de Jésus, une réalité sous-jacente, l’être intime de Jésus. C'est cet être de lumière qui est maintenant revêtu de son corps spirituel à la résurrection, et qui dorénavant sera toujours avec les siens.
Dans sa mort, son corps physique est anéanti; mais dans sa résurrection, l'être de lumière qu’il est, son être intime se revêt d’un corps spirituel ; et il se donne à voir et à connaître aux disciples ; ils se manifeste dans son nouveau corps spirituel.

III. Nos propres parcours de vie

Faisons ici une parenthèse pour y inclure nos propres parcours de vie et nos expériences personnelles:
Lors de la mort de nos proches surgissent en nous des questions existentielles; tout un questionnement s’opère en nous: Que se passe-t-il? Où sont-ils? Quels liens reste-t-il entre nous? Comment nos proches se relient-ils à Jésus-Christ ? Ont-ils une existence propre ? Sont-ils en lien avec lui? Avec nous?
Certains d’entre nous ont fait des expériences parfois troublantes, souvent merveilleuses, expériences de la proximité et de l’amour de leurs proches défunts. Faut-il mettre ces expériences en relation avec la résurrection de Jésus? Peut-on le faire? Y a-t-il un lien avec cette parole de Jésus à Marthe: «Tu dis que ton frère ressuscitera à la fin. Je suis la résurrection. Celui qui croit en moi vivra quand même il serait mort»; ou avec cette autre parole: «Celui qui croit en celui qui m'a envoyé a la vie indestructible, il est passé de la mort à la vie»?
Puis nous vient un autre questionnement: Et nous les vivants, aujourd’hui, qu’en est-il ? Dans notre attachement à Jésus-Christ, participons-nous déjà à sa vie, à son existence indestructible? Et si le voile pouvait être levé sur l’invisible, que verrions-nous les uns des autres? Est-ce que nous verrions que nous aussi nous sommes habités par cet être de lumière? L’être profond de notre personne apparaîtrait-il alors, l’être de lumière qui nous fonde, cet être indestructible issu de Dieu, cet être intime, qui aujourd'hui reste encore voilé à nos yeux dans notre corps physique?
Oui, je le crois profondément!

 Certains appellent cet être de lumière que nous sommes et qui nous porte, le corps intime (Georges Haldas), d'autres le nomment l'être intime; l’être intime que nous sommes et qui se cache dans notre corps physique actuel; l’être intime qui un jour sera revêtu d’un corps spirituel, mais qui aujourd’hui est déjà là. Pas besoin d’attendre la mort de nos proches pour en avoir l’intuition ou peut-être l’expérience.

La résurrection de Jésus, en écho à sa transfiguration ouvre des horizons tout nouveaux pour nous aujourd’hui. Elle donne crédit aux expériences de communion que nous pouvons vivre, avec nos défunts, ou avec nos proches vivants mais absents, auxquels nous sommes unis en Jésus-Christ. Elle donne crédit à notre intuition ce monde invisible, à cette perception fugitive de l’être intime de nos proches; elle nous fait goûter au mystère de la communion de l’amour, au-delà de toute présence physique. C’est une intuition immaîtrisable qui pourtant peut transformer notre horizon de vie jusqu’à l’élargir complètement :

Quand « nous sommes réunis à deux ou trois au nom du Christ » que se passe-t-il ? Non seulement Jésus est là au milieu de nous, comme il le dit, mais encore l’être intime de ces deux ou trois est réuni, et aussi celui de tous nos frères et sœurs absents, et aussi celui de tous les autres défunts auxquels nous sommes unis dans la communion des saints. Nous sommes en fait entourés d’une nuée de témoins, parfois de façon plus sensible que d’autres fois.

Et si nous pouvions avoir un tant soit peu conscience de cet être intime qui habite les uns et les autres aujourd’hui, cela ne transformerait-il pas quelque chose entre nous, aujourd’hui déjà, ainsi qu’après notre mort?

IV.  L'Ascension      

Il est temps de fermer la parenthèse qui insère notre propre histoire dans ces grands récits de l’évangile, et de revenir à l’Ascension. Nous avons évoqué la transfiguration de Jésus et son être intime glorieux toujours présent ; puis sa résurrection et le corps spirituel qu’il revêt. Qu’en est-il de l’Ascension?

Il est frappant de voir ce paradoxe: «Jésus les quitta et leurs cœurs furent remplis de joie». Il s’agit bien de la fin de quelque chose, mais d'une fin qui n’est pas une mort, puisqu’ils sont dans la joie. Lors de l'Ascension ils vont bien quitter un mode de relation, une période, mais ils en commencent une autre, glorieuse. Leur relation  ne se réduit pas comme peau de chagrin. C’est la fin d’une période fondatrice dans l’histoire des apôtres, comme dans l’histoire du salut et de l’église; celle où le voile avait été levé sur la réalité ultime:
Non seulement le voile est levé sur l’être intime de Jésus et sur le corps spirituel dont il est revêtu; mais il l'est aussi sur l’être intime des saints, de nos proches, de nous-mêmes et sur le corps spirituel dont nous serons revêtus.

Maintenant Jésus-Christ est Seigneur. Comme tel, il a pris quelques fois la liberté souveraine de renouveler pour quelques-uns une révélation sensible, celle de voir Jésus ressuscité, revêtu de son corps spirituel comme Paul sur le chemin de Damas; ou comme d’autres dans l’histoire de l’église, p.ex le Sâdhu Sundar Sing, il y a près d'un siècle. Il prend aussi la liberté de lever le voile aujourd’hui en donnant aux uns et aux autres de vivre cette expérience de l’être intime des frères et sœurs vivants ou de l’être intime de leurs proches décédés.

Fondamentalement nous sommes appelés à prendre au sérieux les témoignages de ces témoins d'autrefois et ceux d'aujourd'hui. Et aussi à envisager de percevoir l'être intime des autres et... de nous-mêmes, à croire que nous serons revêtus du corps spirituel que Jésus a reçu, et ... à en vivre.
                                
 Ascension mai 2009                        Jean-Claude Schwab

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