Articuler la vie intérieure à l'engagement public

                                                                                                     Lytta Basset

(Extrait des notes d'un participant) 

Introduction

On reconnaît l'arbre à ses fruits; le visible est en lien avec l'invisible, il est issu de lui. Il y a souvent un hiatus entre ce que nous montrons à l'extérieur et ce que nous vivons profondément, intérieurement. Combler ce hiatus ?
- Il ne s'agit pas de faire de l'introspection. C'est une exigence d'authenticité et non de perfection: il suffit simplement d'avoir conscience de nos incohérences.
- Il ne s'agit pas non plus de faire du moralisme. Ce n'est pas une question de devoir, mais d'identité: qui sommes-nous. Avons-nous des oreilles pour entendre ce que (qui) nous sommes ?

Dans cet esprit, cet appel à la cohérence pour accéder à ma vérité, à mon être tout entier, c'est un appel à l'unification intérieure (à cesser de se mentir à soi-même)… de façon à pouvoir aimer de tout mon être, et pas juste avec une partie de moi-même.

C'est ainsi que mon intériorité peut irriguer la vie extérieure: dans la mesure où je fais ce travail d'unification intérieure.

En conséquence, nous n'avons plus besoin de faire semblant; nous avons le droit de ne pas être performants. Et ça devient contagieux: être autorisé à être soi, à n'être que soi. On ne se préoccupe plus de savoir comment équilibrer, harmoniser l'intérieur et l'extérieur, mais tout l'être s'enracine dans sa propre vérité… Ça se verra !

Reste la question: où nous enraciner ? Dans la place qui est la nôtre, que personne ne peut occuper.

 

Comment se manifeste chez Jésus le lien entre l'extérieur et l'intérieur ?

Etre vrai
Il n'a jamais honte d'être un humain, parfois angoissé, vulnérable, déchiré par la mort de son ami Lazare, pris aux entrailles, bouleversé, déçu, exaspéré, affligé de ne pas être compris, triste de ne pas être pris au sérieux.

Etre vrai, c'est le fondement de sa liberté: "La vérité vous rendra libres" (Jn 8.31)                 
Jésus n'est pas seul à faire ce chemin; tout le monde peut faire ce travail spirituel vers l'être vrai; c'est le début de la vie spirituelle.

Etre attentif à l'enfant intérieur
Jésus se met au niveau de l'enfant, lorsqu'il vit l'impuissance ou l'injustice; il ne l'étouffe pas.

Cela implique une certaine solitude qui permet d'entendre cet enfant intérieur, de l'écouter, de lui donner du repos. Cela nécessite de partager avec un autre.

Etre envoyé
Jésus parle souvent de Dieu comme "Celui qui m'a envoyé" ; il a une forte conscience d'être envoyé.

Quand les autres me sollicitent, je me découvre envoyé-e. Et je découvre Celui qui m'a a envoyé-e lorsque j'accepte d'être envoyé-e.

On voit Jésus "sortir pour prier" (Mc 1.35); pourtant il dit plus tard: "Allons dans les villes, car c'est pour cela que je suis sorti (Mc1.38). Sa prière l'a conduit à se laisser être envoyer. C'est à cette occasion que Jésus est pour la 1ère fois saisi aux entrailles,  par un lépreux. Il fallait cela pour qu'il se laisse envoyer vers le lépreux.
Un autre manuscrit dit: "il fut saisi de colère" ; il y a un combat intérieur en lui, une colère, car il ne voulait pas y aller. Mais il finit par se laisse renvoyer… sans poser de questions…et Dieu donne ce qu'il demande.

En ce qui nous concerne, Jésus promet que nous ferons les mêmes choses que lui, et même de plus grandes: quand nous nous laissons envoyer par Dieu au travers des sollicitations que nous recevons.

Etre libre/agir avec autorité
 L'autorité = l'exousia, c'est la capacité d'agir à partir de l'Etre profond. Cela donne la
liberté de sortir du moule, des conventions, de transgresser le tabou: "Je ne vais pas me laisser attacher, engluer, sur cette rive; je vais passer sur l'autre rive."

 

Qu'est ce qui peut nous pousser à transgresser le tabou de l'intériorité ?

Le temps du mûrissement est nécessaire: il y a un temps pour se taire, il y a un temps pour parler. Le temps pour se taire est légitime, il ne faut pas se forcer. Puis vient le temps pour parler, car on n'a plus rien à perdre, car ce qui nourrit notre être intérieur est suffisant pour dépasser l'interdit. Alors je parle: "Je vous partage cela avec la confiance de l'enfant; j'ai envie d'être auteur de ma parole"

 

Conclusion

- Dans la Bible, l'intime n'existe jamais sans le public, sans l'autre, ou le nous.
- "Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis entre les deux" + "au milieu de chacun d'eux": cela nous donne accès à notre intimité, à notre vérité, à notre identité, à notre pacification, à nos entrailles  (Cf. Osés 11.9: "Dans tes entrailles, je suis le Tout Autre, le Saint").