Méditer sa vie comme on médite l'Ecriture
Atelier pratique "accès à la vie intérieure"
Méditer une portion de sa vie comme on médite l'Ecriture
(Jean-Claude Schwab)
En marge de la journée publique 2011 du Réseau Expérience et Théologie
Lever le tabou de la vie intérieure
Accéder à son intériorité - oser l'exprimer - l'articuler
Introduction à la démarche
Méditer une portion de sa vie comme on médite l'Ecriture ouvre une des voies d'accès à la vie intérieure; elle trouve sa place sous le grand impératif judéo-chrétien: "Souviens-toi!". C'est un instrument pour cheminer vers la Source, en particulier lorsqu'il semble qu'elle est desséchée.
Paul Ricœur a inventé cette belle expression, la "mémoire heureuse", pour nommer l'expérience qui consiste à retrouver dans sa mémoire ce qu'on avait oublié. En fait, on ne l'avait pas complètement oublié; mais c'était là dans le subconscient, en attente d'une quête pour se révéler à nouveau. Lorsque quelqu'un raconte et nous dit: "tu te rappelles ?", "souviens-toi !", il se produit parfois un déclic en nous, et nous disons :"Ah oui, je me souviens maintenant !". Nous éprouvons un plaisir, et ça nous fait du bien, même si l'événement dont on se souvient est pénible. C'est comme un événement nouveau, il se passe quelque chose en nous, notre être est saisi: une richesse perdue est retrouvée.
Je crois que ce phénomène est à la base de toute une pédagogie de la transmission de l'évangile. Jésus le dit: "Le Saint-Esprit vous rappellera ce que je vous ai dit"; c-à-d vous vous en souviendrez, et cela sera de nouveau très actuel. De même les anges s'adressent aux femmes venues au tombeau le matin de Pâques, en leur disant: "Il est ressuscité, comme il vous l'avait dit. Et elle se ressouvinrent de ses paroles". En cet instant s'opère en elles un événement de l'ordre de la résurrection, avant même qu'elles aient vu le Christ ressuscité.
Ainsi donc l'appel biblique "Souviens-toi", tout en étant une injonction extérieure, peut susciter en nous une quête intérieure, un travail de mémoire qui débouche sur un événement nouveau. Nous pouvons nous-mêmes initier ce travail intérieur.
De nombreux textes nous y invitent:
- Jérémie (31.21): " Place des bornes le long de ta route, plante des jalons. Réfléchis à l'itinéraire que tu as parcouru. Sois attentif au chemin que tu as suivi"; c-à-d relis ton histoire à la lumière d'aujourd'hui; et tu vas te souvenir de tas de choses oubliées. Et ce dont tu te souviendras va réintégrer ta vie, tu récupéreras cette richesse, comme une brebis perdue retrouvée.
- Au dernier souper, Jésus commande à ses disciples: "Faites (ceci en) mémoire de moi". C'est une manière de ramener le vécu passé dans le présent, et de vivifier des trésors (même entaché de douleur).
- Le psalmiste nous exhorte même à dire à nous-mêmes, à notre âme: "Souviens-toi, n'oublie pas les bienfaits du Seigneur" (Ps 103). Souviens-toi du chemin parcouru, des traces de tes rencontres avec Dieu, des Paroles inscrites en toi, des signes de sa bonté dans ton existence, et avec tout ton être: Bénis !
Description de la démarche
"Méditer une portion de sa vie comme on médite une portion des Ecritures" est une manière concrète de se souvenir, de vivifier son âme, de ramener dans le présent des richesses enfouies. Méditer sa vie comme une réalité précieuse, une histoire sainte; et sous le regard bienveillant de Dieu:
- On choisit une portion de temps, p.ex les 8 derniers mois, depuis les dernières vacances d'été. Il s'agit, dans un esprit détendu et méditatif, de se remémorer et retrouver les événements personnels, les actions vécues dans ce temps; dans le silence et à partir d'une attention corporelle.
- Puis d'en retrouver le "vécu intérieur", l'expérience avec ses sensations et sentiments. On peut prendre note de quelques faits, et de quelques "ressentis". Ce rappel est une forme de travail qui révèle un matériau: On peut faire quelque chose avec ce matériau.
- Au bout de ce temps, de ce travail de mémoire (10 à …50 minutes) vient le temps de la quête d'un fil rouge: on cherche et laisse venir une ou deux images, un ou deux symboles qui émerge de ce premier travail; sans chercher à le produire, mais demeurant dans une attente éveillée et orientée. Ce symbole est précieux, il peut donner une clé, un sens unificateur sur cette portion de vie.
- On peut ensuite revisiter ces mois à partir de ce symbole qui en est issu.
- Le partage à quelques-uns (3 ou 4) de ces symboles, dans une écoute méditative peut permettre un nouveau "travail de notre âme"…
